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Barack Obama, ce métis qui frappe aux portes de la Maison Blanche Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

barack_obamaBarack Obama, 46 ans, est aujourd’hui un sérieux prétendant à la magistrature suprême des Etats-Unis. De jour en jour, il  réduit son retard de points, dans les sondages, sur la favorite dans la course pour l’investiture du Parti Démocrate, Hillary Clinton. Qui est cet homme qui entend briguer la présidence de la première puissance mondiale ? Qui se cache derrière ce sourire ravageur et cette allure de  gendre idéal ? Quels sont ses origines, son parcours, son programme, ses failles ? Zoom sur  celui qui pourrait bientôt devenir le premier président noir des Etats-Unis. 

Par Eugène Yobouet

Barack Obama sera-t-il le prochain président des Etats-Unis ? Depuis un an, la question s’est inscrite en haut des pages de toute la presse internationale. Pourtant, avant le 10 février 2007, date à laquelle il s’est présenté à l’investiture du Parti démocrate, seuls les spécialistes de la vie politique américaine connaissaient le sénateur de l’Illinois.

Barack Hussein Obama, né le 4 août 1961 à Honolulu, Hawaii, est un homme politique américain, membre du parti démocrate et Sénateur de l'Illinois au Congrès des États-Unis depuis 2005.  Son père, économiste et athée, est un Kenyan, de l'ethnie luo alors que sa mère est une descendante de Jefferson Davis, le président des États Confédérés d'Amérique. Ses parents divorcent alors qu'il n'a que deux ans. Son père repart au Kenya et ne reverra qu'une seule fois son fils alors âgé de 10 ans avant de mourir en 1982. Sa mère se remarie avec un étudiant originaire d'Indonésie et la famille emménage à Djakarta où Maya, la demi-sœur de Barack Obama, naîtra. Barack vivra 4 ans, de 1967 à 1971, en Indonésie. À l'âge de 10 ans, Obama revient à Hawaii vivre chez ses grands-parents, un couple modeste, pour s'assurer une meilleure scolarité qu'en Indonésie. Plus tard, sa mère le rejoindra. Il est d'ailleurs scolarisé à l'école Punahou, un prestigieux lycée où fut inscrite autrefois la famille royale d'Hawaii. Mais, comme le précisent les auteurs de la biographie, « au pays du métissage, Obama n’est pas vu comme un métis, mais comme un Noir. » Pour son premier jour de classe, à Hawaï, « un garçon se met à gesticuler comme un singe, provoquant un fou rire collectif dans la salle. » Ces appartenances multiples, le jeune Barrack les a portées comme une croix. Adolescent torturé, il a consommé de la cocaïne, s’est englué dans le doute, l’insatisfaction. Et, s’étant rapproché de ses amis noirs, il est difficilement parvenu à gérer les violentes récriminations que ces derniers portaient à l’égard des Blancs. Après le lycée, Obama étudie deux ans au Collège occidental de Californie avant d'entrer à l'Université Columbia de New York. Il en sort diplômé en science politique et en relations internationales. Il commence une carrière professionnelle dans les finances, s'installe à Chicago et se convertit au christianisme.  

b_obamaIl choisit alors de travailler comme animateur social dans les quartiers noirs pauvres. Il quitte Chicago pendant trois ans pour étudier le droit à Harvard de laquelle il sera diplômé avec les félicitations. Il deviendra plus tard le premier éditeur en chef noir de la prestigieuse Harvard Law Review, son premier fait d'armes. Juriste, il préfère travailler à l’amélioration des conditions de vie de ses concitoyens, à la lutte contre les inégalités. Un combat au nom duquel il s’engagera en politique.

 

En 1996, Obama est élu au Sénat de l'État de l'Illinois dans la circonscription des banlieues sud de Hyde Park à Chicago. Il préside la commission de santé publique quand les démocrates reprennent la majorité au sénat local. Barack Obama est alors catalogué comme un élu libéral (progressiste au sens américain) voire gauchiste. Il soutient les législations en faveur de l'extension de la couverture médicale aux plus démunis, se fait le défenseur de la cause des gays et des lesbiennes et fait augmenter les fonds destinés à la lutte contre le Sida.  En 2000, il tente de se faire désigner aux primaires démocrates pour être candidat à la Chambre des Représentants des États-Unis mais il est balayé avec 30 % des voix contre 61 % à Bobby Rush, le titulaire démocrate sortant. Barack Obama reste donc au Sénat de l'État où il fait voter une réforme qualifiée de progressiste sur l'application de la peine de mort dans l'Illinois.  

Seul membre noir du Sénat des Etats-Unis d’Amérique, le discours de Barack Obama est audacieux et résolu. Il n’hésite pas à s’en prendre aux habitudes de la Maison Blanche et du Congrès, il tranche avec un certain consensus social et politique de la classe dirigeante américaine : « Je sais que je n’ai pas eu beaucoup de temps pour apprendre le fonctionnement de Washington. Mais j’ai été là-bas suffisamment longtemps pour savoir que le fonctionnement de Washington doit changer » a-t-il ainsi déclaré. Ses attaques les plus dures contre l’administration Bush portent sur l’augmentation de la dette des Etats-Unis, l’augmentation du prix de l’accès aux soins pour les malades, une inquiétude diffuse sur le plan économique et l’échec majeur de la politique étrangère conduite par George W. Bush, enlisé dans une guerre en Irak et en Afghanistan, qui décrédibilise les Etats-Unis à la face du monde.  Barack Obama est un opposant de toujours à l’intervention américaine en Irak. Ses déclarations, au moment où il annonçait officiellement sa candidature, ont été claires sur ses intentions. « Il est temps de tourner la page ; il est temps de ramener nos soldats à la maison. Faire savoir aux Irakiens que nous ne resterons pas pour toujours dans leur pays est le seul espoir que nous ayons d’amener chiites et sunnites à la table des négociations. » Un discours neuf, direct, franc, pour lequel Barack Obama mise justement sur sa jeunesse, pour en faire une force.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : le sénateur de l’Illinois est aussi un redoutable dialecticien, qui sait la force des images et l’efficacité des symboles en politique. Ce n’est pas par hasard qu’il a prononcé son discours de candidature à Springfield, ville où grandit Abraham Lincoln, ce président hors pair qui parvint à sortir du même coup les Etats-Unis de la guerre de Sécession et de la pratique de l’esclavage. C’est d’ailleurs précisément devant l’immeuble où Lincoln avait commencé sa campagne de 1858 pour l’abolition de l’esclavage que Barack Obama avait choisi de prendre la parole pour lancer sa propre campagne… Et les mots ne trahissent pas cette filiation revendiquée. Le jeune sénateur se considère aujourd’hui comme le candidat de la différence et du rassemblement. « La politique est devenue tellement arriviste et partisane, tellement soumise à l’argent et aux influences diverses qu’on ne peut plus s’attaquer aux grands problèmes qui exigent des solutions. Nous devons changer notre politique et nous rassembler autour des intérêts et des inquiétudes communes en tant qu’Américains » a-t-il proposé.   Très charismatique, Barack Obama semble avoir gagné aussi bien les banlieues blanches que les quartiers noirs. De nombreuses personnalités lui ont apporté leur soutien, notamment le comédien Matt Damon, l’animatrice Oprah Winfrey et George Clooney qui a déclaré que Barack Obama était  un leader  avant d’ajouté, « il arrive quelque part, et vous avez envie de le suivre où qu’il aille ». Un vent d’engouement s’est levé autour du jeune sénateur et les médias l’ont nommé : « l’Obamania ». Evoquant les grandes crises que durent surmonter les Etats-Unis, de la Guerre d’Indépendance à la grande dépression des années 30, en passant bien sûr par la guerre de sécession, il conclut : « A chaque fois, une nouvelle génération s’est levée et a fait ce qu’il fallait faire. Aujourd’hui, on nous appelle. C’est au tour de notre génération de se lever… » En élisant Barack Obama à leur tête, c’est bien un fils de l’Amérique que les citoyens des Etats-Unis porteraient à leur tête. Ce sera aussi dans la logique de ce nom prémonitoire « BARACK » qui signifie « béni des dieux » en swahili.

Seule question : est-ce que les Américains sont prêts à faire rentrer un Noir à la Maison Blanche ?


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