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| Ce que coûtent nos morts |
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Par Jean-Claude Abalo Le caractère compétitif que prennent nos funérailles indigne aujourd'hui bien de consciences normales. Certains jeunes de Lomé, dépassés par ce comportement "irresponsable" ont crié pour s'en prendre à nos morts. « Certes, nous les aimons et les respectons, mais s’en est trop », s’alarment-ils.
Apprécier plutôt ces chiffres qui ne sont pourtant pas exhaustifs.
Il s'agit d'un budget type minimisé de l'organisation d'une cérémonie funéraire par une famille qui se veut modeste dans nos milieux. Ceci sans compter plusieurs autres frais non exploitables comme les frais de sodabi ou tchouk (boissons locales).
Allons-nous continuer à nous complaire dans ce gaspillage? Ce qui nous attriste, nous révolte et nous inquiète, c'est la condition misérable et très précaire dans laquelle vivent nos malades. On dirait que nous croyons plus en la mort qu'en la guérison. Devise : Malade-Abandon-Funérailles pompeuses.
On a peur d'avoir honte de ne pas pouvoir réaliser des funérailles plus grandioses que celles de la famille voisine. Quelle pitié!
Paradoxalement, on parvient à trouver facilement des fonds pour payer les frais de morgue pour 10, 15 voire 30 jours et ses accessoires aussitôt le trépas, contre les médicaments moins chers restés impayés. Aujourd'hui, tout porte à croire qu'on reconnaît la célébrité d'une famille par l'éclat de ses funérailles, sa splendeur et le coût du cercueil. La spontanéité et la capacité à restaurer la grande foule d'invités font l'objet de curiosité.
Nos recherches nous ont révélées que toutes ces charges sont endossées par le défunt et ceci, souvent de façon arbitraire, excluant ainsi tout avis des héritiers et ayants droit. C'est pourquoi, on retrouve aujourd'hui beaucoup d'enfants et orphelins dans les rues et sans avenir parce que tous les biens qui devraient leur revenir sont vendus pour payer les dettes occasionnées par les funérailles de leurs parents.
« A la mort de notre papa, ses grands frères et sœurs ont pris le devant des choses. Ils ont tout vendu pour juste l’enterrer. Aujourd’hui, je vis avec ma petite sœur qui est à ma charge. La famille ne fait rien pour nous aider. La seule chose que nous avons hérité de notre papa est sa moto et quelques uns de ses habits », regrette Dodji, un mécanicien à Lomé.
Dans son cas, ses oncles l’ont contraint à vendre la maison de son défunt père pour pouvoir organiser les funérailles.
Comme Dodji, ils sont nombreux ces jeunes, dont la plupart sont affectés psychologiquement, ou sont devenus malheureux toute leur vie.
« Nous sommes convaincus que c'est un phénomène que nous subissons plutôt que nous maîtrisons. Il nous faut pour nous libérer de ce drame, une prise de conscience, et guérir notre jeunesse qui gémit et se lamente. Il faut que ce réveil soit prompt sinon les loups se multiplieront », conseille M. Tété, psychologue.
Ils sont les parents proches, dont les funérailles sont devenues de véritables fonds de commerce. Et puisque c'est un phénomène culturel et moral, « nous recommandons une sensibilisation poussée à tous les niveaux. Les musulmans l’ont compris dans la mesure où ils enterrent leurs morts le jour même de son décès plutôt que d’attendre des semaines, des mois », a ajouté M. Tété.
Au Ghana (voisin du Togo à l’ouest), les autorités ont pris toutes les mesures pour éviter ces débordements que provoquent parfois les veillées funèbres qui tendent à devenir à Lomé, un lieu de débauche. Et ça, c’est une autre paire de manche dont nous parleront très prochainement. Affaire à suivre…
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