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Dans un ouvrage plein d’humour et fort détaillé, Isabelle Lévy, spécialiste des religions nous révèle une passionnante enquête sur la vie des couples mixtes. « Vivre en couple mixte : quand les religions s’emmêlent… « , conçu à partir d’une cinquantaine de témoignages de couples mixtes représentant les cinq grandes religions, est un véritable vade-mecum indispensable aux familles bigarrées. Rencontre avec l’auteur.
Par Eléonore Mathieu
Qu’est-ce-qui vous a donné envie d’écrire cet ouvrage ? Aujourd’hui, que ce soit dans notre entourage familial ou amical, nous connaissons tous au moins un couple mixte . J’ai donc trouvé intéressant de m’immiscer dans la vie de ces couples en leur posant des questions que les sociologues n’abordent jamais dans leurs études. Outre l’épineuse question de la religion, j’avais envie d’en savoir plus sur leur vie quotidienne en abordant des aspects aussi variés tels le choix des prénoms , la circoncision , les traditions gastronomiques ou encore la décoration du foyer.
Vos analyses s’appuient sur des témoignages de couples mixtes. Comment avez-vous fait pour recueillir toutes ces confidences ?J’ai commencé par faire appel à mes amis, aux amis de mes amis, mais également à des personnes rencontrées au cours de mes conférences (sur les mariages mixtes ou les pratiques religieuses, ndlr) et qui ont accepté de répondre à mes questions sur leurs expériences présentes ou passées. C’est ainsi que j’ai pu compiler les témoignages d’une cinquantaine de couples mixtes et de leurs enfants, parfois devenus adultes à leur tour.
La moitié de votre livre est consacré aux pratiques religieuses et à ses complexités lorsque les deux conjoints sont de confessions différentes. Pensez-vous que l’union juive /musulman est la plus difficile à résister aux pressions familiales ? Non par forcément. Je pense que ce sont des a priori sur ce type d’union. A mon avis, le couple juif/musulman se déchire plus souvent sur des questions politiques que religieuses. Il peut y avoir plus de rigidité dans un couple catholique/protestant que dans un mariage juif/musulman. Cependant, il faut rappeler que dans le judaïsme c’est la mère qui transmet la religion alors que dans l’islam, c’est le père. Il est donc difficile de déterminer la religion dans laquelle un enfant né d’une union juive/musulmane sera élevé. Des parents croyants ont donc des choix à faire pour le bien de l’enfant : privilégier l’une des deux religions voire aucune ou encore que l’un des conjoints se convertisse à la religion de l’autre. Il n’existe pas de formule magique. C’est au couple de dialoguer et de décider de sa vie spirituelle, de l’éducation religieuse des enfants, etc. avant que la famille, les amis voire les collègues de bureau ne s’en mêlent…
Pour l’enfant issu d’un couple mixte de confessions différentes, vous préconisez qu’il ait au moins des repères solides dans l’une des religions de ses parents. Pourquoi ? En effet, c’est un véritable dilemme pour un enfant de devoir choisir la religion de son père ou de sa mère. C’est comme lui demander de choisir entre ses deux parents. Pour l’aider à se construire une identité spirituelle, des parents croyants doivent lui donner des repères en lui inculquant les valeurs d’une religion. Ceci facilitera son choix à venir car s’il décide d’aller « explorer » la religion de son autre parent, il possèdera de réels éléments de comparaison. Par contre, sans aucun enseignement religieux de base, en réduisant la pratique spirituelle de l’enfant au strict respect des traditions gastronomiques, adulte il sera sans repères religieux et ne pourra faire aucun choix réel. Surtout, l’enfant élevé sans religion au milieu d’un cercle familial de croyants pourra être mal dans sa peau. Ses parents n’ont pas su trancher et demande à l’enfant de le faire à leur place. Pas si simple, voire impossible.
Vous évoquez également le choix des prénoms qui n’est pas jamais anodin dans les unions bigarrées. Quel enseignement en avez-vous tiré des témoignages ? Le choix des prénoms n’est ni simple, ni libre de tout diktat prescrit par les origines culturelles, les croyances religieuses, la société dans laquelle on vit… Faut-il un seul prénom pour l’enfant qui va naître ? Si oui, choisit-on un prénom à connotation religieuse ou culturelle ? Deux pour marquer sa double origine culturelle ? Ou un prénom « bien français » qui va l’aider à s’intégrer dans la société française ? La conclusion que j’ai pu tirer de mes témoignages, c’est que les enfants issus des couples mixtes portent souvent en second prénom : celui de leur parrain, d’un membre de leur famille et d’un aïeul… comme le sceau d’alliance entre deux familles.
Un conseil pour les couples mixtes ? Comme dans tous les couples, les deux partenaires se doivent de dialoguer. Sans communication, l’incompréhension pourrait s’installer et le couple serait entraîné malgré lui vers la disharmonie.
"Vivre en couple mixte. Quand les religions s’emmêlent.." (Presses de la Renaissance),19 €
www.levyisabelle.net
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