Mon ado et moi
Maman comblée de trois enfants, L. a toujours pensé que les crises d’adolescence et les conflits parents-enfants n’existaient que dans les films… Jusqu’au jour où ses relations avec sa petite dernière ont commencé à se détériorer…
Comme tout le monde, je suis sensibilisée au malaise des ados. J’ai vu des documentaires, lu des articles, entendu toutes sortes d’histoires. Pourtant, quand ma dernière fille a commencé une grave crise d’adolescence, je n’étais absolument pas préparée à la violence du choc et j’ai bien cru que jamais je ne m’en sortirais.
Avec mes deux premiers enfants, le passage à l’adolescence s’est fait sans heurts. Quelques prises de bec sur les horaires, des mauvaises notes par-ci par-là, mais rien de bien méchant. Mon mari et moi sommes des parents attentifs et aimants, et nous nous sommes toujours entendus sur l’éducation de nos enfants. J’avais l’impression que nous avions trouvé un équilibre. J’avais tort.
Tout a commencé assez doucement, l’année de ses quatorze ans. Alors que ma fille avait toujours été très vive et très sportive, elle s’est mise à s’ennuyer et à traîner à la maison. Rien de très spectaculaire, si bien que je ne me suis pas tout de suite inquiétée. Ses perpétuelles jérémiades et ses plaintes ont cependant commencé à m’agacer. Rien n’allait jamais : les repas étaient mauvais, les vêtements que je lui achetais étaient « has-ben », elle n’avait jamais envie de faire la même chose que nous…
Au bout de quelques mois, ses réticences se sont transformées en véritable opposition et c’est alors que les choses ont vraiment commencé à se dégrader. Une situation d’autant plus insupportable que tout son malaise et toute son agressivité avait une seule et unique cible : moi. Rien de ce que je faisais, rien de ce que je disais ne trouvait grâce à ses yeux et elle ne se privait pas de me le faire savoir. Ma coupe de cheveux était moche, je riais trop fort dans le métro et je l’embarrassais, j’étais trop grosse et pas assez bien habillée en comparaison des mères de ses amies. Parfois, alors que j’étais au milieu d’une phrase, elle me lançait un regard noir et haussait les épaules avec ostentation comme si je venais de dire la pire chose de la terre, et peu lui importait que nous soyons devant le prof de math, ou à la caisse du supermarché.
D’abord trop choquée pour réagir, j’ai essayé de faire des efforts. J’étais sa mère, c’était à moi de lui tendre la main. Mais comment garder son calme face à une enfant qui saisit toutes les occasions de vous humilier et de vous rabrouer.
J’ai vraiment vécu un enfer, alternant des moments de grande colère avec des moments de grande culpabilité car j’en venais parfois à haïr mon propre enfant. La vie quotidienne était infernale pour tout le monde, et les moments de joie se comptaient sur le doigt d’une main. C’était une situation d’autant plus difficile à gérer, qu’il n’y avait pas d’autres symptômes que cette étrange agressivité à mon égard : pas d’anorexie, pas de trop mauvaises notes, pas de drogue, pas de mauvaise fréquentation…
Comme nous n’avions pas d’autre contact que des hurlements ou au contraire une indifférence maussade, je ne pouvais pas l’aider. Comment lui proposer d’aller voir un psy, alors que le simple fait de lui demander de me passer le pain la mettait dans tous ses états ?
Au bout d’une année de lutte qui a bien failli me rendre folle, ma fille s’est enfin calmée. Comme par magie. Petit à petit, les choses sont rentrées dans l’ordre, mais je ne sais toujours pas ce qu’il s’est passé et je trouve qu’il est encore trop tôt pour en parler avec elle. Même si je sais qu’inévitablement nous devrons mettre des mots sur cette période.
Je n’arrête pas de me poser des questions. Ai-je fait quelque chose de mal ? Suis-je une mauvaise mère sans m’en rendre compte ? J’essaie de ne pas trop y penser, et de me concentrer sur le bonheur retrouvé, mais je vais avoir du mal à me remettre de cette épreuve.
Vous aussi, vous avez une envie de nous raconter votre histoire, alors envoyez-nous un mail ici . Nous vous contacterons pour en parler.
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