Je vis l’amour à distance avec un Marocain
Je n’avais pas prévu que mon beau mari me quitterait le lendemain de mes quarante trois ans, qu’il me laisserait toute seule avec mes beaux enfants, dans ma belle et grande maison.
En l’espace de quelques jours, je n’étais plus J., la jolie femme du Dr D., merveilleuse cuisinière, mère attentive et présente. La parfaite femme au foyer. Je suis devenue une femme seule, plus toute jeune et terriblement malheureuse.
J’ai dû tout réapprendre. Et surtout, j’ai dû trouver un travail. Pour moi qui m’étais arrêtée en deug de lettres, ce fut un véritable parcours du combattant. Qui allait embaucher une quadragénaire dont les seules compétences sont la chasse aux chaussettes dépareillées et le jambon purée ? Mais j’ai tenu bon. Parce que c’est dans ma nature, mais surtout parce que je n’avais pas le choix, avec la pension alimentaire, j’avais tout juste de quoi payer la maison.
J’ai fini par trouver un poste de secrétaire dans une petite entreprise de meubles de bureau. C’est là que j’ai rencontré F. Nous sommes toutes de suite devenues amie, et je dois dire que sans elle, je pense que je ne m’en serai pas sortie. Elle a su m’écouter, elle m’a poussée à sortir, à revivre. Et surtout c’est elle qui m’a convaincue de partir une semaine en vacances à Marrakech avec elle. Un voyage qui a transformé ma vie.
Au début, je n’étais pas à l’aise, je m’inquiétais pour les enfants, je me sentais gênée d’être là toute seule avec une amie. Je trouvais que nous avions l’air complètement perdues, incongrues au milieu de tous ces gens. Une caricature de touristes. Je n’arrivais même pas à apprécier la ville et les merveilles que nous voyons défiler sous nos yeux. Je restais de marbre devant les somptueux riads, je ne goûtais à la nourriture qu’à contre cœur, hantée par l’idée que je pourrais tomber malade. J’étais une ex-femme au foyer française, à l’esprit étriqué et craintif. Au bout du deuxième jour, j’ai déclaré à F. que je préférais rester à l’hôtel pour me reposer et que nous nous verrions le soir pour le dîner. Je me suis donc installée au bord de la piscine avec un livre et un jus de fruit. Lorsque M. m’a abordée, j’étais terrorisée et très agacée. On m’avait prévenu sur les marocains, surtout ceux qui travaillent dans les hôtels. Ils essaient de draguer les française, peu importe leur âge et leur physique, juste pour se marier et avoir des papiers.
Je m’apprêtais à tourner les talons, lorsque je me suis rendue compte qu’il était juste venu me prévenir que F. avait laissé un message pour moi et me faisait savoir qu’elle ne rentrerait que très tard. Il n’était pas un dragueur professionnel, mais le manager adjoint de l’hôtel. J’ai passé le reste de l’après-midi à discuter avec M. Je n’avais plus peur, je me sentais en confiance. Je n’ai pas tout de suite fait attention à son physique. J’étais juste contente de lui parler et surtout, pour la première fois depuis le début de ces vacances, j’étais détendue, presque heureuse. Il m’a beaucoup parlé de lui, de son métier de manager adjoint, de sa famille qui vivait dans un petit village à la frontière algérienne et qu’il aidait beaucoup. Je lui ai raconté mon divorce, très rapidement, mes galères pour retrouver du boulot, la vie à Paris. A aucun moment il n’a tenté de me séduire.
Comme il devait retourner travailler, nous avons convenu de dîner ensemble le lendemain soir afin qu’il puisse me faire découvrir le vrai Marrakech. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il y avait quelque chose de spécial entre lui et moi. J’étais toute excitée, comme si j’avais dix-sept ans de nouveau et rendez-vous avec un petit-ami potentiel.
La soirée fut merveilleuse, et le reste de la semaine aussi. Nous passions ensemble tous ses moments de libres. Il m’a fait découvrir Marrakech, les petites échoppes loin des quartiers touristiques, des restaurants délicieux dans lesquels je n’aurai jamais pensé à mettre les pieds. Lors de nos longues promenades, nous parlions, nous parlions, nous parlions. De sa vie, de la mienne, de la marche du monde et même des plus petits détails du quotidien. J’en ai appris plus sûr lui. Il avait à peu près mon âge, avait été marié très jeune et divorcé peu de temps après. Depuis, il avait travaillé comme un acharné, par ambition et par défi. Il vivait dans un très joli et très petit appartement, un peu à l’écart du centre-ville, dans lequel je n’ai été invité que le tout dernier jour. Notre première et dernière nuit ensemble. Car pour moi, c’était clair, notre histoire ne pouvait être qu’une amourette de vacances. Une petite parenthèse exotique.
Je m’en suis persuadée et j’ai fini par y croire. J’étais presque contente à mon retour à Paris, j’étais fière d’avoir vécu cette histoire, de m’être prouvé que je n’étais pas qu’une pauvre femme divorcée et fatiguée. J’en parlais à tout le monde, mes amis, mes collègues, et même ma famille. Mais sans jamais imaginer que cela puisse être une histoire sérieuse. Ce n’est qu’un mois après mon retour que j’ai commencé à me sentir vraiment très mal. Je dormais peu, j’avais des accès de déprime à n’importe quel moment de la journée. Nous étions restés en contact par mail et téléphone, et après chacune de nos conversations, je fondais en larme.
Une fois de plus c’est F., ma bonne fée qui m’a ouvert les yeux. Elle m’a beaucoup questionnée, elle m’a écoutée aussi. Grâce à elle, j’ai réussi à passer outre tous mes doutes, tous ces obstacles qui se dressaient entre moi et mes sentiments pour M. Je refusais de m’attacher à lui, à cause de la distance, à cause de la différence de culture, de ce que penserait ma famille. Mais j’ai fini par comprendre que c’était une seconde chance d’être heureuse qui se présentait à moi et que je devais la saisir. Peu importe le jugement des autres, peu importe les problèmes techniques, il fallait que je me jette à l’eau, que j’essaie au moins.
Sans plus attendre, j’ai pris l’avion pour Marrakech. A l’aéroport M. était là qui m’attendait. En le voyant, si beau, si content de me voir, j’ai su que je l’aimais et que j’avais pris la bonne décision. Pour l’instant, nous faisons tous les deux des allers-retours. Mes enfants ne sont pas encore assez grands pour que je puisse les laisser seuls à Paris, même si leur père est prêt à les prendre avec lui. Quant à M., il ne peut pas lâcher son travail et venir à Paris.
C’est dur, mais je suis sûre que nous trouverons un arrangement au plus vite. La seule chose qui compte c’est que je suis de nouveau heureuse, et surtout, de nouveau amoureuse.
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