Jeudi  9 Février  2012
Vecu.jpg

J'ai adopté un petit africain

Vous nous racontez votre histoire

Lorsque j’ai rencontré P., j’ai tout de suite su que ce serait avec lui que je fonderai cette famille dont j’avais toujours secrètement rêvé, en dépit de mes mœurs de célibataire endurcie et heureuse de l’être.

Nous avons été vite, très vite. Un grand appartement pour deux, un mariage, un compte épargne… Tout était parfait. J’avais un beau mari, un bon travail et j’étais enfin prête pour accueillir un enfant. Mon enfant.

Au début, je ne me suis pas trop inquiétée de ne pas tomber enceinte. Après des années de pilule et de vie stressante, n’était-il pas normal que mon corps ait besoin de se remettre un peu ? Pourtant, au bout d’un an, je me suis mise à paniquer. Et s’il y avait un vrai problème ?

Je n’ai pas voulu écouter les propos rassurants de mes proches, ceux qui me disaient que cela n’avait rien de grave, qu’il fallait essayer encore et encore, que je devrais manger plutôt comme ci et non comme ça, que le yoga me ferait sans doute du bien etc… J’ai décidé que P. et moi devions passer des tests, le plus vite possible. Sans doute parce que, inconsciemment, je savais qu’il y avait un problème. Mais malgré cela, la vérité me fit l’effet d’une bombe : P. et moi avions des problèmes de compatibilité. Je suis ressortie de la consultation complètement dévastée, sans la patience et le soutien de P., je ne sais pas comment j’aurai tenu le coup.

Le pire, c’est que je me sentais terriblement coupable. J’avais l’impression que je payais pour toutes ces années où je n’avais pensé qu’à moi et à ma carrière, où j’avais fait la fête sans jamais me poser la question de l’avenir.

Toute déprimée que j’étais, une chose était sûre : hors de question d’essayer toutes ces méthodes de fécondation médicalement assistée. Je ne voulais pas prendre d’hormones, je ne voulais pas coucher avec mon mari à 22h22 le jour de mon ovulation. Même si les médecins n’avaient pas exclu définitivement toute éventualité d’avoir un enfant de manière naturelle, je ne voulais pas imposer cela à mon couple. Si je ne pouvais pas avoir d’enfant, je ne voulais pas en plus perdre mon mari.

C’est une collègue qui m’a relancée sur la question de l’adoption. J’y avais pensé bien, sûr, mais c’était pour moi un acte très connoté. J’ai toujours eu l’impression que cela avait un côté mère Theresa. Je reconnais maintenant que j’avais des idées préconçues, que les mères adoptives n’étaient pas nécessairement de vieilles institutrices asexuées toutes de Camif vêtues.

Sur les conseils de cette collègue, je me suis lancée dans l’aventure. Une aventure longue et fastidieuse, mais j’avais l’impression d’agir, de ne pas rester les bras ballants. Et puis, tous ces dossiers à remplir, ces entretiens avec la commission d’adoption, flattaient mon esprit de compétition.

En même temps, nous avons commencé à démarcher des associations en Asie et en Afrique. Je me sentais bizarre, j’avais l’impression de consulter un catalogue de la Redoute, je me fliquais en permanence essayant de traquer la moindre trace de jugement dans mon attitude. Mais malgré cela, ce que je ressentais vraiment, c’était un immense espoir.

Lorsqu’une association nous a appelés pour nous dire que nous pouvions adopter B., un petit garçon de 3 mois originaire d’Afrique de l’Ouest, j’étais folle de joie et surprise que cela soit aussi rapide et aussi simple après tout ce que nous avions entendu. Nous avons bien sûr accepté. Nous devions aller le chercher dans trois semaines, le temps de finaliser toute la paperasserie.

C’est à ce moment-là que j’ai commencé à paniquer. J’avais l’impression de commettre une folie. Fille des années 80, et élevée par des parents ouverts et ex-soixante huitards, je ne m’étais jamais posée de questions sur les différences de culture et de couleur de peau. Et là, à ma grande honte, j’avais peur d’accueillir un étranger chez moi. Qu’est-ce que les gens allaient penser en voyant cette grande jeune femme blonde avec ce petit bébé tout noir ? N’était-ce pas ridicule de lui donner un prénom et nom de famille venant d’Alsace ? Comment allait réagir nos familles ? Et nos amis ?

Je sais qu’au fond le véritable problème n’avait rien de social ni de culturel. Je n’étais pas une raciste qui s’ignorait. J’ai conscience maintenant que ce qui me terrorisait c’était qu’en adoptant un bébé si différent de moi, j’aurai l’impression de n’être pas une vraie mère, mais une sorte de nourrice. Que les autres ne me reconnaîtraient pas vraiment comme sa mère. Il y aura toujours une barrière infranchissable entre nous, et ce n’est pas être un monstre que de l’affirmer. Mon enfant n’aura pas la même couleur de peau que moi et son père. Je sais bien que cela ne veut rien dire et que cela n’a pas d’importance, mais je sais aussi que la première chose que l’on fait lorsque l’on rend visite à une jeune femme qui vient d’accoucher, c’est de traquer la ressemblance.

Là encore, c’est P. qui m’a tenu à bout de bras, écoutant attentivement et patiemment mes interrogations, le moindre de mes doutes. C’est lui qui m’a encouragée, qui m’a convaincue que je pouvais y arriver, que cet enfant serait vraiment mon fils. L’amour maternel pouvait recouvrir maintes formes.

J’ai donc été chercher mon fils, mon petit bébé noir. Ce que j’ai ressenti alors, je vais le garder pour moi, sans doute parce que je suis encore incapable de mettre des mots dessus.

Nous venons de fêter son deuxième anniversaire. Une belle fête avec ses grands-parents, ses cousins et cousines, dans la grande maison de maître que possède ma belle-mère en Alsace. Au menu, il y avait du Kougelhoff et du gâteau au chocolat.

Toutes mes craintes ne se sont pas envolées. Lorsque nous sommes dans le métro, j’ai beaucoup de mal à voir mon fils dévisager intensément une jeune femme noire. Même si je sais que c’est ridicule, cela me bouleverse, cela me blesse. De même je ne sais pas comment je vais faire pour lui transmettre à la fois mon propre héritage ; les livres que me lisait ma mère, mes desserts préférés, mes comptines ; sans négliger celle de ses parents naturels.

Une chose est sure cependant, même si le chemin n’a pas été de tout repos, j’ai enfin la famille dont je rêvais. Et je suis une mère heureuse.




Commentaires (5)
Flux RSS des commentaires
1. 10-08-2010 20:53
 
Belle histoire
Bonjour, 
je trouve cette histoire très belle. Je ne suis pas dans la même situation. Je suis africaine mère d'une magnifique petite fille. Dans mon quartier il y a beaucoup de couple français qui ont adoptés des africains et africaines et ils viennent très souvent vers moi pour me poser des questions sur l'entretien de la peaux et des cheveux de leur enfants. C'est une réalité, l'entretien des peaux noires n'est pas la même que celle d'une peau noire. Ce serait pas mal de créer un site sur le sujet. Je serais ravie de répondre aux questions pour ceux qui en ont. Bon courage et beaucoup de bonheur.
Visiteur
 
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
2. 17-11-2010 18:14
 
je propose l entretien des cheveux de vo
Ton histoire est émouvante une chose est sur tu es sa mère sache le. 
 
JE suis africaine je connais bien comment les cheveux des noirs sa fonction qu est ce qu il faut pour l entretient etc...  
 
je sais que les femmes europeennes qui adoptes les enfants noires ont souvent la plu part du temps du mal à entretenir les cheveux de leur enfants noirs chose normal parcequ\'elles ne connaissent pas vu que les cheveux europeen et africain s\'est pas pareil. 
 
alors je vous propose mes services pour l\'entretien de cheveux de vos enfants je suis de la vendée 85 donc si interessé me contacter par mail sur cette adresse  
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir  
 
a très bientôt cher maman :)
Visiteur
 
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
3. 21-01-2011 07:20
 
je propose l entretien des cheveux de vo
:x :x :x :x Quote:

ta pas honte serieux !!!!
Visiteur
 
4. 22-01-2011 11:28
 
je propose l entretien des cheveux de vo
Morte de rire honte de quoi explique toi si s'est à moi dont tu parles biensûr je comprend rien à ton méssage qui n'a pas de sens.
Visiteur
 
Cet e-mail est protégé contre les robots collecteurs de mails, votre navigateur doit accepter le Javascript pour le voir
5. 06-03-2011 10:32
 
je propose l entretien des cheveux de vo
Avoir honte de quoi ? C'est toi qui devrait avoir honte des propos que tu viens de dire ! 
En tous cas, votre histoire est vraiment très belle, et je trouve que tout ce que vous dites est totalement vrai.  
Bon courage pour l'avenir, et que tu bonheur à vous tous ! :)
Visiteur
 
Jessica

Commenter
  • Les messages comportant des attaques verbales contre les personnes seront supprimés.
  • Vous pouvez renouveler le code de sécurité en appliquant un rafraîchissement à votre navigateur.
  • Appliquer cette méthode de rafraîchissement si vous avez entré un mauvais code de sécurité.
Nom
E-mail
Site web
Titre
BBCode:Web AddressEmail AddressBold TextItalic TextUnderlined TextQuoteCodeOpen ListList ItemClose List
Commentaire



Code:* Code
Je désire être prévenu par mail des commentaires qui suivront

 
< Précédent