La Secrétaire de Steven Shainberg
Lee est une jeune dactylo effacée et maladroite qui, à ses heures perdues, soigne sa dépression nerveuse à coup de bouilloire brulante et de couteaux de cuisine. Edward est un avocat maniaque et dominateur qui entretient ses orchidées avec une seringue, parsème son bureau de pièges à souris rose pâle et tyrannise ses secrétaires qui se succèdent dans son bureau, démission après démission. Tout ce petit monde évolue dans une paisible atmosphère de folie douce jusqu’au jour où - son poste de secrétaire étant de nouveau vacant - Edward décide d’engager Lee.
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Ennemis de la marginalité, abstenez-vous ! Par contre, si vous êtes à la recherche d’un film franchement neuf et différent, vous trouverez peut-être, dans cette love story hors normes, de quoi vous satisfaire. Sur le papier, l’histoire de La Secrétaire n’a pourtant rien pour plaire : une relation patron-secrétaire, lieu commun usé jusqu’à la corde de la comédie romantique, dans une version sado-maso. Or, dès les premières minutes du film, La Secrétaire met à l’aise son spectateur : si le thème du sadomasochisme est traité sans détours ni fausse pudeur, il ne s’agit à aucun moment d’en faire l’apologie. Mais il ne s’agit pas non plus d’une dénonciation simpliste : sans être amoral, le film ne sombre pas dans une condamnation moralisatrice de ses personnages et cherche plutôt à les comprendre. L’humour, souvent très noir, met à distance une problématique qui peut en dissuader plus d’un : on rit souvent, et si bien, que l’on se surprend soi-même à considérer la scène de fessée comme l’un des meilleurs moments du film.
Et c’est finalement l’enjeu même de La Secrétaire qui séduit, car il trompe agréablement nos attentes : pour Lee et Edward, l’enjeu n’est pas de « guérir » de leur névrose, de devenir « normaux » ou de « dépasser » leur « perversion ». Par contre, trouveront-ils l’amour, le vrai ? Telle est l’intrigue d’un film qui estompe la frontière entre le normal et le pathologique et nous laisse finalement avec l’idée que nous sommes sûrement tous un peu pervers et qu’en amour, l’important n’est pas de trouver l’âme-sœur mais le pervers qui nous convient le mieux… A bon entendeur, salut !
Par Alexandra Popov
La Secrétaire – de Steven Shainberg – Avec Maggie Gyllenhaal, James Spader et Jeremy Davies – 2003 – 17,23 €
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